Quand un éditeur français entend par un spécialiste en littérature que les œuvres de ses auteurs feront un malheur en Amérique, ledit éditeur voit aussitôt apparaître le chiffre à plusieurs zéros qui ne va pas tarder à couvrir ses découverts bancaires. Il voit aussi les droits d'auteur qu'il va enfin régler.
Ce rêve américain des éditeurs français, je l'ai vécu pendant le court instant où le spécialiste du livre m'avait prédit que les titres de mon petit catalogue inonderaient certainement les rayons des librairies du nouveau monde, avant de rajouter que sur la bonne vieille terre de France et plus précisément sur les étagères flambant neuves de sa librairie, le style de mes auteurs n'avait pas sa place.
"Argh !" protestais-je, tout en désignant un rayon parfaitement adapté aux ouvrages de mon catalogue, avant de faire remarquer au prophète le grand nombre de livres de science-fiction anglo-saxonne francisée qu'il vendait lui-même à ses clients. "Ce sont des Duchemol and Compagnies !" me répliqua le vendeur de livres qui me citait là les grands noms de l'édition française et ceux de leurs traducteurs.
Mon rêve français s'était évanoui, ma compagnie n'a pas de particule Duchemolienne et la littérature à la Jules Verne s'est apparemment expatriée, les nouveaux Nautilus ne battent plus que pavillon étoilé.
Mais faut-il donc toujours céder à Oscar ce qui appartient à César ?
Heureusement, non ! des prophètes optimistes continuent à proposer le genre français à leurs lecteurs, reste que la liste de ces libraires passionnés est de plus en plus courte. Ceci est étonnant face à la réussite anglo-saxonne du genre dans le hit-parade des ventes en librairie made in France
Et la presse non spécialisée ? aura-t-elle un jour une petite place pour les auteurs du genre, inconnus du grand-public, pire : francophones et édités par une petite maison d'édition ?
Ceci est-il uniquement du domaine du French Dream ?